Élimination de l’hépatite C : Où est le problème ?

L’hépatite chronique C, responsable de cirrhose et de cancer du foie, reste un problème de santé publique avec 57 millions de personnes infectées dans le monde. Depuis 2015 l’arrivée des antiviraux à action direct (AAD) a radicalement transformé la prise en charge de ces patients. Les traitements de première lignes EpclusaÒ (1cp/j pendant 12 semaines) ou MaviretÒ (3cp/J pendant 8 à 12 semaines) permettent d’obtenir une guérison chez plus de 95% des patients. Avec le traitement de deuxième ligne, VoseviÒ (1cp/J pendant 12 semaines) , ou de troisième ligne SovaldiÒ +MaviretÒ ,on est capable de guérir 99,9% des patients avec une excellente tolérance et des bénéfices hépatiques et aussi extra hépatiques. Ces traitements sont en France disponibles dans toutes les pharmacies et peuvent être prescript par tous les médecins depuis 2019.  Devant ces progrès, L’OMS s’est fixée comme objectif à l’horizon 2030 l’élimination de l’hépatite C avec un réduction de l’incidence de 90%, un taux de diagnostic de 80%, un taux de traitement de 80% et une réduction de la mortalité de 65% . La France fait partie des 12 pays en voie d’atteindre les objectifs à l’horizon 2030. Cependant, en France, entre 2016 et 2020, on a traité et guéri 33% des patients mais depuis 2020 on assiste à un effondrement du nombre des patients traités alors même que le taux de dépistage reste stable. En fait on dépiste insuffisamment les populations à risque : usagers ou ex usagers de drogue, patients hospitalisés notamment en psychiatrie ou en addictologie où la prévalence du VHC est très élevée et insuffisamment dans les populations d’âge mure (60-70 ex « baby boomer ») ou éloignées du soin. Par ailleurs, les prescriptions faites par les médecins généralistes, ne représentent que 5% des prescriptions. Des stratégies de « test and treat » ont été mise en place pour faciliter l’accès aux soins et le traitement dans des structures mobiles ou dans des CSAPA/CAARUD avec d’excellents résultats, mais ces expériences sont peu nombreuses. Par ailleurs les politiques de réduction des risques sont insuffisantes notamment en termes de mise à disposition des kits d’injection par rapport aux objectifs OMS. Tous ces éléments doivent conduire l’ensemble de la communauté soignante, notamment ceux en rapport avec les populations à risque, à prendre à bras le corps ce problème et à dépister, dépister puis traiter les patients pour finalement atteindre l’objectif OMS d’élimination du VHC.

Marc Bourlière MD Hôpital saint joseph & INSERM UMR 1252 IRD SESSTIM AMU

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